Je ne peux plus montrer mon ventre.
Je ne peux plus montrer mes mollets. Ni mes cuisses d’ailleurs.
Je ne peux plus montrer mes bras complètement nus.
Je ne peux plus montrer ma poitrine.
Je ne peux plus montrer mon visage non-maquillé.
Je ne peux plus montrer les pattes d’oie au coin de mes yeux.
Je ne peux plus montrer mes cheveux non-coiffés.
Je ne peux plus montrer mon corps…
C’est ainsi. C’est en partie mon choix, car j’ai décidé de faire quelque chose qui modifierait mon corps de manière définitive : j’ai porté la vie. C’est aussi parce que j’ai vieilli, tout simplement. Des évènements de la vie ont modifié mon corps, et ce dernier en a pris acte.
Je ne peux plus montrer mon ventre sans penser qu’il a été le nid qui a abrité et aidé à fabriquer mes deux merveilles : mes enfants.
Je ne peux plus montrer mes mollets non-épilés sans me dire que je n’ai pas encore pu les débarrasser de leurs poils, par manque de temps.
Je ne peux plus montrer mes cuisses sans penser aux kilos qu’elles ont encaissés lors de mes grossesses.
Je ne peux plus montrer mes bras complètement nus sans penser à la peau qui en pendouille un peu. Et en sourire, car l’un des personnages de la série Ally McBeal est complètement dingue de cette partie du corps chez les femmes, surtout quand ça pendouille un peu. Et je ne peux pas m’empêcher de penser que, malgré ce pendouillage, mes bras sont solides, car ils ont porté, et porteront encore mes enfants, lors des nuits difficiles, quand ils ont mal, quand on fait un câlin.
Je ne peux plus montrer ma poitrine sans penser qu’elle a enflé, vite désenflé, enflé de nouveau, et qu’elle est à géométrie variable depuis plusieurs mois, pour mes enfants. Je n’ai pas allaité, puis j’ai allaité, et je ne porte pas de soutien-gorge depuis environ 6 ou 7 mois, depuis que mon allaitement roule. Pour quoi faire ? Ma poitrine se porte toute seule. Certes, je fais moins la maligne dans les escaliers mais sinon, ça va. J’en porterai sûrement de nouveau après l’allaitement, c’est juste que pendant, je trouve plus pratique de faire sans.
Je ne peux plus montrer mon visage non-maquillé sans sourire, finalement, lorsque je sors en ville, parce que je m’en fiche un peu. Ca ira mieux quand j’aurai le temps de m’apprêter tous les jours ou presque, mais pour l’instant c’est ainsi, et je n’ai encore vu personne se sauver en hurlant de peur parce qu’il m’avait croisée.
Je ne peux plus montrer les pattes d’oie au coin de mes yeux sans penser qu’elles sont dues à tous les sourires que je fais à mes proches.
Je ne peux plus montrer mes cheveux non-coiffés, juste tirés en arrière, sans me dire qu’il est dommage de ne pas les mettre en forme et de laisser vivre mes boucles que j’ai mis tant d’années à apprivoiser grâce à une coiffeuse fabuleuse à qui j’ai envie d’offrir un bouquet de fleurs à chaque fois que je sors de son salon.
Je ne peux plus montrer mon corps sans montrer tout ce qu’il a traversé.
Je ne peux plus regarder le corps des autres sans penser à ce qu’ils ont encaissé, aux épreuves qu’ils ont traversées, surtout les femmes, soumises à tant de pressions, les mères, qui doivent porter la vie mais sont trop souvent fliquées sur la balance, doivent accoucher sans se faire trop charcuter, et s’en remettre vite, s’il-vous-plaît mesdames, c’est fini maintenant le gros ventre.
Je pense aussi aux hommes, qui, par souci d’équité envers leur portefeuille, sont priés de faire attention également…
J’aimerais avoir la force morale de ne plus m’épiler, mais je n’assume pas encore mes aisselles fournies ou mes mollets de Yéti face à tout le monde. Pour le reste, je mets surtout des crèmes magiques sur mon visage, un traitement que j’ai trouvé du premier coup, par chance, et qui me rend mes
Mes habitudes n’ont finalement pas beaucoup changé entre le moment où j’étais étudiante et aujourd’hui, je m’occupe un peu plus de ma peau, de mon visage, mais pas pour plaire aux autres.
Si je mène un combat aujourd’hui, je le mène contre ces personnes, ces entreprises, ces magazines, cette société qui ont décidé de nous formater.
Si je mène un combat aujourd’hui, je ne le mène pas contre moi. J’ai un passé, un vécu, une famille, des choix assumés. Et j’en suis fière.






